Qu'est-ce que le déficit de données en santé féminine ?
Le déficit de données en santé féminine (women’s health data gap), c’est l’écart entre la quantité de données que génère le corps des femmes et la part infime qui atteint la recherche capable d’améliorer les soins. Deux chiffres le résument.
Côté financement : sur les 64 affections qui expliquent l’essentiel de l’écart de santé des femmes, six affections spécifiquement féminines (syndrome prémenstruel, ménopause, hémorragie maternelle, troubles hypertensifs de la grossesse, cancer du col de l’utérus, endométriose) représentent 14 % de cet écart en années de vie ajustées sur l’incapacité, mais ont reçu moins de 1 % des financements de recherche accordés à ces 64 affections en 2019–2023, selon une analyse du Forum économique mondial et du McKinsey Health Institute fondée sur la base World RePORT des NIH.
Côté données : les applications de suivi menstruel auraient été téléchargées plus de 200 millions de fois, et le marché est dominé par trois d’entre elles, Flo, Clue et Period Tracker ; Flo seule revendiquait environ 70 millions d’utilisatrices actives mensuelles à la mi-2024 (chiffre de l’entreprise). La matière première pour comprendre le cycle féminin existe à une échelle que la médecine n’a jamais connue.
Pourquoi ces données n’atteignent-elles pas la recherche ?
À cause de l’endroit où elles vivent et de la façon dont elles sont gouvernées :
- Elles échappent au droit médical. Les applications grand public de suivi de cycle ne sont généralement pas couvertes par HIPAA, qui ne s’applique qu’aux assureurs santé, aux chambres de compensation, aux prestataires de soins et à leurs sous-traitants ; leurs données n’offrent aucune des garanties qui rendent les données cliniques utilisables en recherche réglementée.
- Leur gouvernance échoue aux tests élémentaires. Une revue scientifique des 23 applications de santé féminine les plus populaires a constaté que 20 partageaient des données avec des tiers, avec des pratiques non conformes au RGPD. Des données collectées ainsi ne peuvent pas fonder une recherche éthique.
- Pendant ce temps, les données réglementées sont surprotégées. Comme Nature l’anticipait à l’entrée en vigueur du RGPD, les institutions tendent à « pécher par excès de prudence » et à restreindre le partage au-delà de ce que la loi exige ; en Finlande, premier pays européen à adopter une loi dédiée à l’usage secondaire des données de santé (en vigueur depuis 2020), les autorisations de données approuvées sont tombées environ 47 % sous le niveau attendu en 2023.
Résultat : la source la plus abondante de données de santé féminine est la moins digne de confiance, et les sources les plus fiables sont les plus difficiles à utiliser.
Combler le déficit sans répéter l’échec
Le déficit ne sera comblé ni par une énième application qui thésaurise les données, ni par la seule réglementation. Il faut une infrastructure où les données sont de qualité recherche parce qu’elles sont consenties : chaque femme détient son propre dossier, décide qui y accède et pourquoi, et peut révoquer cet accès à tout moment.
Le projet Santé féminine de Health Data Safe le construit avec l’écosystème FemTech : des jeux de données de haute qualité, éthiquement constitués, sur le cycle féminin, détenus sous consentement explicite sur une infrastructure open source, gouvernés par une fondation suisse à but non lucratif dont les statuts traitent les données de santé comme un bien commun.
Sources
- World Economic Forum and McKinsey Health Institute (2025). Blueprint to Close the Women’s Health Gap: How to Improve Lives and Economies for All, section 2.2.1 and Figure 5. weforum.org
- Rampazzo F, Raybould A, Rampazzo P, Barker R, Leasure D (2024). ‘UPDATE: I’m pregnant!’: inferring global downloads and reasons for using menstrual tracking apps. Digital Health 10. doi:10.1177/20552076241298315
- Flo Health (30 July 2024). Flo Health secures more than $200M investment from General Atlantic. Press release, company figure. flo.health/newsroom
- U.S. Department of Health and Human Services, Office for Civil Rights (2022). Protecting the privacy and security of your health information when using your personal cell phone or tablet. hhs.gov
- Alfawzan N, Christen M, Spitale G, Biller-Andorno N (2022). Privacy, data sharing, and data security policies of women’s mHealth apps: scoping review and content analysis. JMIR mHealth and uHealth 10(5): e33735. doi:10.2196/33735
- Nature (2018). Science needs clarity on Europe’s data-protection law. Editorial, Nature 557: 467. doi:10.1038/d41586-018-05220-y
- Brück O, Sanmark E, Ponkilainen V, et al. (2024). European health regulations reduce registry-based research. Health Research Policy and Systems 22: 135. doi:10.1186/s12961-024-01228-1